Melted

Photos, 2011

Melted soldiers, in pain and valiant, land on unknown beaches. Between the celebration of heroes and the reality of mutilations, how far will their derisory courage take them? How far can the wounds in their flesh go, in their disarticulated limbs, before they give up, defeated?

Des soldats fondus, douloureux et vaillants, débarquent sur des plages inconnues. Entre la célébration des héros et la réalité des mutilations, jusqu’où ira leur vaillance dérisoire? Jusqu’où peuvent aller les blessures dans leur chaire, dans leurs membres désarticulés avant que, vaincus, leurs corps s’abandonnent?

L'Encyclopédie des guerres

Text based on the work MELTED
By Joël Baqué

– J'aimerais commencer par Je me souviens, rien qu'une fois, pour voir.
– Je me souviens de ma perte de confiance dans la chose imprimée quand j'ai lu marsien avec un s au lieu de martien avec un t dans Pif Gadget. En plus, le désintégrateur ne fonctionnait pas !
– Tiens! J'ai les mêmes initiales que Joe Brainard! Et le même nombre de syllabes que Georges Perec ! (mais pas de barbiche).
– Comme les biscottes, les souvenirs tassés tout au fond sont en miettes.
– Les souvenirs d'enfance étant écrits par des adultes restent au format d'un rétroviseur.
– Les souvenirs palestiniens de Chantal Dugave sont des souvenirs d’adulte moulés dans des jouets d’enfants.
– A Béziers, l'été, on crachait par terre tandis que les poignées de plastique pailleté des vélos fondaient au soleil (les gosses qui crachent pour s'occuper sont les gosses de ceux qui triment pour rester pauvres).
– Les soldats en plastique de Chantal Dugave fondent aussi, mais pas au soleil.
– Un ami de mon frère fabriquait un pastis qui rendait aveugle. Il avait été chimiste dans une usine de plastique pour poignées de vélo et moto (sûrement celles qui fondaient au soleil avec leurs paillettes !). Les buveurs de ce pastis n’auraient pas pu voir les photos de Chantal Dugave.
– Les souvenirs ne sont pas des legos.
– Les souvenus n'aimeraient pas tous qu'on se souvienne d'eux, mais la plupart si.
– La plupart des oubliés aimeraient qu'on se souvienne d'eux.
– Dans ses photos, Chantal Dugave se souvient de tous les soldats fondus au chaudron de la guerre (et de tous ceux à venir).
– Les photos de Chantal Dugave savent se souvenir par avance.
– Je me souviens à la verticale comme les monuments aux morts.
– Je ne me rappelle pas avoir pensé à la mort avant qu'elle ait commencé à penser à moi. C'est elle qui a commencé, comme dans les photos de Chantal Dugave.
– Il est inutile de se souvenir en long, en large et en travers parce que c'est la quatrième dimension la plus intéressante (comme dans les photos de Chantal Dugave).
– Dans les photos de Chantal Dugave, tout n’est pas vrai mais rien n’est faux.
– Je ne me souviens pas à la chaîne, mais à la ligne.
– C’est chalumeau en main que Chantal Dugave se souvient.
– Est-ce qu'avoir du talent, c'est créer de l'évidence? Face aux photos de Chantal Dugave, il y a une évidence.

Joël Baqué, residency